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Uživatel  Uživatel: Fabrice Martin  |  Publikováno: 5.10.2016, 17:30:15  |  Kategorie: Choreografické fórum
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La danse en quête de popularité - LE MONDE | 17.09.2016

Klíčová slova:
tanec, danse, festival, Dominique Hervieu, Biennale de la danse de Lyon, Le Monde

Populaire ! La Biennale de la danse de Lyon lance un cri de ralliement qu’on n’avait pas entendu depuis bien longtemps. Et en avant la manif’, le grand rassemblement ! La danse contemporaine, dont la réputation d’élitiste le dispute parfois à un statut chic d’inaccessibilité, veut enjamber son cercle d’initiés pour brasser large et rafler la mise du grand public.

Cette revendication remet sur le tapis son lot de discussions tempétueuses sur le statut du chorégraphe, la hiérarchie des arts, la question du bon goût, et son jumeau, le mauvais, qui sent la sueur, celle de la lutte des classes qui a la peau plus dure qu’on ne croit. Elle surgit aussi dans un milieu plutôt réfractaire au populaire, alors même qu’à ses débuts, au tournant des années 1980, la danse contemporaine s’est dressée contre le ghetto bourgeois du classique. Avant de se draper sur son socle.

Péjoratif

Souvenir, souvenir… A la fin des années 1990, les chorégraphes José Montalvo, Philippe Decouflé, Mark Tompkins ou Dominique Boivin, partisans d’un divertissement aux bras grands ouverts, pointaient non sans agacement les critiques dont certains les piquaient. Futiles, légers, superficiels, anecdotiques, autant d’adjectifs qui taxaient leurs spectacles. « Etre populaire reste péjoratif en France, et rien n’a vraiment changé, assène Blanca Li, qui vient de réaliser le film Elektro Mathematrix.Je ne comprends toujours pas pourquoi fabriquer des pièces accessibles entraîne tout de suite un doute sur la qualité artistique. Personnellement, je n’ai aucune honte à remplir les théâtres, j’en suis même fière. » 

Virage sur l’aile avec la programmation pop mise au point par Dominique Hervieu, directrice de la Biennale après avoir été complice de création de Montalvo, de 1982 à 2012. Autant dire que sur le front du populaire, elle a fourbi ses armes. « On était même qualifiés de vaches à lait par certains parce qu’on avait du succès ! », se souvient-elle en riant. « Mais au-delà de mon cas personnel, je m’appuie sur ce qui se passe aujourd’hui, poursuit-elle. De plus en plus de chorégraphes, dont certains dans la mouvance conceptuelle qui a marqué les plateaux depuis vingt ans, renouent avec le plaisir, la narration, le mouvement… Après la période un peu sèche de remise en question des codes du spectaculaire, ils s’autorisent à danser de nouveau. Même s’ils n’utilisent pas frontalement le mot populaire, leur désir de rencontrer le public est évident. »

« Elitaire pour tous »

Le terme populaire a tout d’une bombe à dégoupiller avec précautions. A peine l’a-t-on lâché dans la conversation qu’on voit son affreux copain « populiste » rappliquer. « Je préfère parler de danse élitaire pour tous, pour reprendre la formule d’Antoine Vitez, glisse la chorégraphe Olivia Grandville, à l’affiche de la Biennale. « Dans le contexte politique actuel, le mot populaire est à prendre avec des pincettes, ajoute Christian Rizzo. Mais je crois qu’il faut qu’on se réapproprie ce terme pour marquer le fait qu’on n’évacue personne. J’ai découvert la danse contemporaine parce qu’elle était facile d’accès et elle l’est toujours aujourd’hui. » 

L’évolution du terme, sous l’angle sociétal, n’est pas anodin. « Le mot populaire s’est effacé depuis les années 1970 au profit de celui de démocratisation, rappelle Patrick-Germain Thomas, sociologue et auteur de La Danse contemporaine, une révolution réussie ? (éd. de l’Attribut, 2012) Avant la seconde guerre mondiale et jusqu’aux années 1960, en référence à Jean Vilar mais aussi à Maurice Béjart, il évoquait une communauté, un partage du débat esthétique. Aujourd’hui, il est plus proche de l’idée de donner accès au plus grand nombre”, ce qui sous-entend un fossé entre ceux qui possèdent les clés ou les codes et ceux qui ne les ont pas. Par ailleurs, il faut bien dire que la danse contemporaine, dont le public n’est jamais acquis car elle développe une infinité de styles, peut déconcerter les spectateurs. » Autant dire que l’affaire se mord la queue.

« Jerks avec des lectures de Nietszche »

Béjart à la rescousse ! Dans les années 1960-1980, le chorégraphe, qui additionnait 120 dates de représentations par an, tenait l’affiche pendant six semaines à guichets fermés au Palais des sports, à Paris, et dont les posters de danseurs se vendaient comme des petits pains, n’a cessé de brandir sa volonté d’une « danse populaire ». « Mon principal mérite a sans doute été de casser le ghetto dans lequel la danse est confinée, déclarait-il. Et en avant les spectacles dans les gymnases, les stades…

« A chaque fois que nous présentions une pièce dans un théâtre, que ce soit en Amérique latine ou en Asie, il demandait à ce qu’il soit aussi programmé dans un autre endroit, un site archéologique, un marché, un vélodrome, dans le désert, et avec des tarifs moins chers, voire gratuits, s’enthousiasme Dominique Genevois, danseuse dans sa compagnie. Par ailleurs, il savait partager la culture, vulgariser de la meilleure façon les œuvres de Molière, de Baudelaire dans ses spectacles en mélangeant par exemple dans Messe pour le temps Présent des jerks avec des lectures de Nietszche. Et sans se vendre au marché pour autant. »

Un parcours « savant-populaire »

Comme par hasard, les fameux Jerks, créés en 1967, sur la musique remixée de Pierre Henry, sont reconduits par Hervé Robbe, qui fut son élève à l’école Mudra, à Bruxelles. Ils font un tabac au sein d’un parcours « savant-populaire » mis en place par Dominique Hervieu. Une accolade pour faire chavirer le populaire dans le bon camp ? « Il y a toujours en France une lutte de légitimation entre la création qui serait savante et le divertissement, souligne-t-elle. Un spectacle qui procure du plaisir n’est pas une œuvre respectable, voire pas une œuvre du tout ! Comme si on ne pouvait pas être en même temps inventif et grand public ». « Par ailleurs, l’opposition entre les deux mots laisse aussi entendre que ce qui est populaire n’est pas savant et que le peuple est donc ignorant… », ajoute Patrick Germain-Thomas.

Le clivage ne date pas d’hier. « Il remonte même au XIIe siècle, assène Agnès Izrine, journaliste et commissaire de l’exposition « Corps rebelles »présentée à la Biennale. A l’époque, il y a eu la séparation par l’église entre la danse dite mesurée, lente, celle des nobles et celle du peuple, spontanée et libre. Il s’est accentué au fil des siècles, distinguant d’un côté la danse scénique qui est celle d’une élite et de l’autre les pratiques populaires. » Et d’ajouter 

« Même si les choses évoluent, je pense que c’est une illusion d’imaginer qu’un jour la danse contemporaine puisse être véritablement populaire en France. Par ailleurs, il suffit de jeter un coup d’œil aux origines sociales des chorégraphes pour comprendre que l’affaire est complexe. »

Flambée de désir

Dans quel contexte opère donc cette flambée de désir pour le grand public ? D’un point de vue esthétique, après le gel du mouvement par les conceptuels, qui a entraîné une désaffection des spectateurs, les chorégraphes, en particulier ceux de la nouvelle génération, relancent la machine à danser tout en les rattrapant par la manche. « Je constate que les gens ont besoin aujourd’hui d’être connectés avec des corps et pas seulement des idées, commentait récemment le chorégraphe Jan Martens dans Le Monde. Je ne fabrique pas des spectacles pour jouer trois fois. Je veux toucher le public. »

Parallèlement, la situation de la danse contemporaine en France est loin d’être florissante depuis quinze ans. Les chiffres donnés par l’Office national de diffusion artistique (Onda) en témoignent. Si le nombre de spectacles chorégraphiques semble en augmentation, la moyenne de représentations annuelles par spectacle a baissé en dix ans de 10 à 4,5. L’Onda soutient 250 pièces par an signées par 180 chorégraphes (sur les 500 répertoriés en France), soit 669 représentations. Le réseau des 70 Scènes nationales stagne depuis 2000, à 16, 5 % de programmation chorégraphique.

Ajoutez à cela, crise oblige, les baisses de budgets (la Biennale de la danse de Lyon est passée de 7,7 millions de budget global à 6,6 cette année), du public (Montpellier Danse a chuté de 35 000 à 30 000 spectateurs entre 2015 et 2016) et la situation s’enlise. « En dépit de la politique volontariste de l’Etat, la réalité est sombre, commente Régis Plaud, conseiller en charge de la danse à l’Onda. Les diffuseurs cherchent les moyens de cette accessibilité à tous, mais ont du mal actuellement à remplir des salles de grande jauge. Parallèlement, l’offre a beau se démultiplier, le public ne se développe pas. Il est frileux et a tendance, compte tenu aussi du prix des places, à se replier sur des valeurs sûres et du divertissement. » 

Dancehall jamaïcain

Au rayon fun, les munitions ne manquent pas. Les cultures populaires tous azimuts sont largement mises à contribution dans certaines pièces. Chansons de variétés, musique pop, rock, électro, orchestre live, DJ, comédie musicale…, mais encore, du côté de l’inspiration gestuelle, hip-hop, clubbing, folklore, secouent les plateaux. Au risque parfois de rendre captif le public – difficile de résister à un bon vieux tube ! – ou de transformer le spectacle en fiesta. « Je crois que les artistes ont besoin de communication avec les spectateurs sans pour autant verser dans le racolage, insiste Dominique Hervieu. Travailler avec des gestes communs à tous me semble vital, et je ne pense pas que cela affaiblisse leur création. » 

François Chaignaud et Cecilia Bengolea plongent dans le dancehall jamaïcain pour DFS ; Jonah Bokaer fait copain copain avec Pharrell Williams dans Rules of the Game, les interprètes de William Forsythe et d’Angelin Preljocaj croisent le fer avec des hip-hopeurs pour une Battle of Styles… Après les tubes d’Alain Bashung, Jean-Claude Gallotta fait virevolter Olivia Ruiz sur ses chansons dans Volver. Une comédie musicale dans la continuité de la veine rock-pop de cette figure des années 1980, qui fut âprement critiquée en 1991 pour son cycle narratif musical autour de Don Juan et Roméo et Juliette. « Je n’ose pas le dire, mais oui, c’est la même chose, le populaire est toujours là, rigole-t-il. Mais je ne prends pas ma revanche. Je pense que tout est une question de mode, parfois. Peindre en bleu quand tout le monde pense rouge, ça ne va pas ! Je pense qu’actuellement l’enjeu du partage est majeur. On va tous dans le bon sens, alors ! »

Parcs, monuments, musées…

Parallèlement, jamais les danseurs ne sont autant sortis des théâtres pour prendre d’assaut les parcs, les monuments, les musées, les rues… Dans le même mouvement d’inclusion, les bals, les parades, les spectacles participatifs avec les amateurs se multiplient. Avantage : l’accès le plus souvent gratuit ; inconvénient, virer dans l’animation, le saupoudrage et déraper dans la démagogie… « Bien sûr, c’est un risque, mais il faut veiller à bien identifier ce que l’on propose, assure Dominique Hervieu. Lorsque La Biennale produit le Défilé avec des amateurs, qui sera présenté au Stade Gerland, j’indique clairement que c’est une parade. En revanche, lorsque nous affichons une performance de l’artiste de cirque Yoann Bourgeois en plein air au même endroit, je veille à préciser que c’est un spectacle. »

Par Rosita Boisseau

http://www.lemonde.fr/scenes/article/2016/09/17/la-danse-en-quete-de-popularite_4999195_1654999.html#I1ioQ2UblyTcz8RY.99

 

 

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